Lorsque vous consultez un titre de propriété, un règlement de lotissement ou les actes de votre copropriété, vous pouvez tomber sur l’expression « non altius tollendi » sans toujours comprendre ses implications concrètes. Cette formule latine désigne une servitude de hauteur qui limite ce que vous pouvez construire ou surélever sur votre terrain. Contrairement aux simples règles d’urbanisme fixées par le plan local d’urbanisme, il s’agit d’une contrainte privée, inscrite dans un acte et opposable au fil des ventes successives. Comprendre cette servitude est indispensable avant de lancer un projet de surélévation, d’extension ou même de modification de toiture. Examinons ensemble son fonctionnement juridique, ses effets sur vos travaux et les moyens de gérer d’éventuels litiges ou modifications.
Origine et sens juridique de la clause non altius tollendi

Cette servitude trouve sa source dans une tradition juridique ancienne et conserve aujourd’hui une portée très concrète en droit immobilier français. Elle limite le droit de bâtir du propriétaire d’un fonds au profit d’un voisin qui bénéficie de la protection. Avant toute chose, il faut distinguer cette clause des règles générales d’urbanisme et comprendre sa nature de contrainte privée, inscrite dans la durée.
Comment se traduit concrètement la formule latine non altius tollendi
La locution « non altius tollendi » signifie littéralement « ne pas élever plus haut ». En pratique, elle interdit au propriétaire d’un terrain ou d’un bâtiment de dépasser une certaine hauteur lors de travaux de construction ou de surélévation. Cette limitation ne porte pas sur l’usage du bien, mais uniquement sur son gabarit vertical. Elle constitue une servitude réelle, c’est-à-dire attachée au fonds lui-même et non à une personne en particulier. Concrètement, si votre acte de propriété mentionne une clause non altius tollendi, vous devez respecter la hauteur maximale indiquée, même si vous changez de projet ou si l’immeuble change de main. Le bénéficiaire de cette servitude, appelé fonds dominant, dispose d’un droit de regard permanent sur toute élévation du fonds servant.
Une servitude de hauteur distincte des règles classiques d’urbanisme
Les règles du plan local d’urbanisme fixent des hauteurs maximales applicables à tous les propriétaires d’une zone donnée. La servitude non altius tollendi, elle, relève du droit privé et s’ajoute à ces normes publiques. Vous pouvez donc vous retrouver dans une situation où le PLU autorise une construction de 15 mètres, mais où une clause contractuelle limite votre bâtiment à 12 mètres. Dans ce cas, c’est la contrainte la plus stricte qui s’impose. L’administration d’urbanisme délivre un permis de construire en se fondant uniquement sur le PLU, sans vérifier l’existence de servitudes privées. Obtenir un permis conforme au PLU ne vous met donc pas à l’abri d’une action en justice de votre voisin, titulaire de la servitude. Cette coexistence de deux régimes juridiques distincts exige une vigilance particulière lors de l’étude de faisabilité d’un projet immobilier.
D’où vient cette servitude dans la tradition civiliste française
Le droit romain connaissait déjà des servitudes urbaines limitant les hauteurs pour protéger la lumière ou la vue des voisins. Le Code civil de 1804 a conservé cette logique en permettant aux propriétaires de créer librement des servitudes contractuelles, sous réserve de ne pas porter atteinte à l’ordre public. Les articles 686 et suivants du Code civil encadrent les servitudes légales, tandis que les articles 637 et suivants traitent des servitudes conventionnelles, catégorie dans laquelle se range la clause non altius tollendi. Au fil des décennies, la jurisprudence a précisé les modalités d’interprétation et d’application de cette servitude, notamment lorsque la rédaction de la clause laissait place à des ambiguïtés. Aujourd’hui, elle reste très présente dans les divisions de propriété anciennes, les lotissements du début du XXe siècle et certains ensembles immobiliers souhaitant préserver une harmonie architecturale.
Mise en place de la servitude non altius tollendi et validité
Pour qu’une servitude de hauteur produise ses effets juridiques, elle doit respecter des conditions de forme et de fond précises. Identifier où figure la clause, vérifier sa rédaction et s’assurer de sa publicité foncière sont des étapes incontournables avant d’envisager des travaux. Une clause mal formulée ou non publiée peut perdre son opposabilité ou susciter des interprétations divergentes.
Dans quels actes retrouve-t-on généralement une clause non altius tollendi
Cette servitude apparaît le plus souvent dans les actes de division de propriété, lorsqu’un terrain unique est scindé entre plusieurs acquéreurs. Le vendeur ou le lotisseur impose alors une limitation de hauteur pour garantir la cohérence architecturale de l’ensemble. On la rencontre également dans les règlements de lotissement établis au moment de la création d’un quartier résidentiel, où toutes les parcelles sont soumises à des règles de construction uniformes. Certains règlements de copropriété intègrent aussi une clause non altius tollendi pour figer le gabarit de l’immeuble et éviter des surélévations anarchiques. Enfin, deux voisins peuvent décider, par convention privée, de s’imposer mutuellement ou unilatéralement une telle servitude pour protéger une vue ou préserver un ensoleillement. Dans tous les cas, l’acte notarié ou sous seing privé doit préciser la nature exacte de la contrainte.
Quelles conditions doivent être réunies pour que la clause soit valable
Pour être valable, la servitude doit d’abord figurer dans un écrit clair et non équivoque. L’acte doit identifier précisément les fonds dominant et servant, indiquer la hauteur maximale autorisée et, si possible, préciser le point de référence pour la mesure (niveau du sol naturel, du trottoir, du plancher). La publication au service de la publicité foncière garantit l’opposabilité de la servitude aux propriétaires successifs. Sans cette formalité, un acquéreur de bonne foi pourrait soutenir qu’il ignorait l’existence de la limitation. Enfin, la servitude ne doit pas rendre le fonds servant totalement inutilisable, sous peine de nullité pour atteinte excessive au droit de propriété. Les juges veillent à ce que l’utilité du fonds dominant justifie la charge imposée au fonds servant.
Comment interpréter une clause non altius tollendi parfois rédigée de façon ambiguë
Lorsque la rédaction manque de précision, par exemple si la hauteur est exprimée de manière relative ou si le point de mesure n’est pas indiqué, les tribunaux recherchent l’intention commune des parties au moment de la signature de l’acte. Ils peuvent s’appuyer sur des plans annexés, des correspondances échangées ou la configuration des lieux à l’époque. Si le doute persiste, le juge applique le principe d’interprétation restrictive des servitudes, qui vise à limiter l’atteinte portée au droit de propriété du fonds servant. Concrètement, cela signifie que la contrainte sera réduite à son minimum incontestable. Pour éviter ces incertitudes, mieux vaut faire rédiger la clause par un notaire et annexer un plan coté précisant les modalités de mesure et les ouvrages concernés.
Effets sur les projets de construction, surélévation et urbanisme

Dès que vous envisagez des travaux modifiant la hauteur de votre bâtiment, la servitude non altius tollendi entre en jeu. Elle peut bloquer totalement un projet de surélévation, contraindre la conception d’une toiture ou rendre impossibles certains équipements techniques. Articuler cette contrainte privée avec les règles d’urbanisme public demande une analyse fine de votre situation juridique.
Peut-on construire au-delà si le PLU autorise une hauteur supérieure
Non, la servitude non altius tollendi s’impose même lorsque le plan local d’urbanisme permet de construire plus haut. Le permis de construire délivré par la mairie ne purge pas la servitude privée. Vous pouvez donc obtenir une autorisation d’urbanisme parfaitement conforme au PLU, mais si vos travaux violent la clause contractuelle, le voisin bénéficiaire de la servitude peut saisir le tribunal judiciaire pour demander la démolition ou la réduction de l’ouvrage. Cette dualité de contrôle implique de vérifier systématiquement, avant le dépôt du permis, l’existence et le contenu exact de toute servitude inscrite sur votre titre de propriété. Une consultation notariale ou un examen approfondi du règlement de lotissement ou de copropriété s’impose dès la phase d’avant-projet.
Quels types de travaux sont bloqués par une clause non altius tollendi
Sont principalement concernés les projets de surélévation d’un immeuble, l’ajout d’un étage supplémentaire ou la création d’une toiture plus haute que l’existant. Certains équipements techniques placés en toiture, comme les locaux techniques d’ascenseur, les acrotères, les garde-corps ou les panneaux solaires en surimposition, peuvent également entrer dans le champ de la servitude si leur hauteur dépasse la limite fixée. Tout dépend de la formulation de la clause : certaines visent uniquement les constructions habitables, d’autres englobent tout ouvrage dépassant un certain niveau. En cas de doute, mieux vaut solliciter l’accord écrit du voisin bénéficiaire avant de lancer les travaux. À défaut, vous vous exposez à une action en démolition, avec les conséquences financières et techniques que cela implique.
En quoi cette servitude protège les vues, l’ensoleillement et le paysage urbain
La clause non altius tollendi sert souvent à préserver une vue dégagée depuis le fonds dominant. En limitant la hauteur du fonds voisin, le bénéficiaire garantit qu’aucune construction ne viendra obstruer son panorama. Elle protège également l’ensoleillement : une surélévation excessive peut projeter une ombre portée importante et réduire l’apport de lumière naturelle sur le terrain voisin. Dans certains ensembles immobiliers ou lotissements anciens, cette servitude participe à la cohérence architecturale et au maintien d’un paysage urbain harmonieux. Elle empêche les surhausses ponctuelles qui détonneraient dans un alignement de façades homogènes. Dans les quartiers historiques ou soumis à des règles esthétiques strictes, elle complète utilement les prescriptions du PLU ou du règlement local de publicité.
Gestion des litiges, modification ou extinction de la servitude
Lorsqu’un voisin ne respecte pas la servitude ou que vous souhaitez modifier la contrainte pour mener à bien votre projet, plusieurs solutions existent. La voie amiable reste toujours préférable, mais en cas d’échec, le recours au juge permet de faire respecter vos droits. Il est également possible de négocier un aménagement ou une suppression de la servitude, sous réserve de l’accord de toutes les parties concernées.
Comment réagir si votre voisin enfreint une servitude non altius tollendi
Dès que vous constatez que votre voisin entame des travaux dépassant la hauteur autorisée, faites établir un constat d’huissier pour figer la situation. Ce document sera indispensable en cas de contentieux. Adressez ensuite une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, en rappelant l’existence de la servitude et en demandant l’arrêt immédiat des travaux. Si le voisin poursuit malgré tout, saisissez le tribunal judiciaire en référé pour obtenir une mesure d’urgence suspendant le chantier, puis au fond pour exiger la démolition ou la réduction de l’ouvrage litigieux. Le juge appréciera la réalité de l’atteinte en fonction de la rédaction de la clause et de la hauteur effective constatée. Il pourra également allouer des dommages et intérêts si vous subissez un préjudice du fait de la violation, par exemple une perte de vue ou d’ensoleillement.
Est-il possible de lever, modifier ou racheter cette servitude de hauteur
Oui, les propriétaires des fonds dominant et servant peuvent convenir, par acte notarié, de supprimer ou d’assouplir la clause. Cette renonciation totale ou partielle doit être expressément acceptée par le bénéficiaire de la servitude. En contrepartie, le propriétaire du fonds servant peut proposer une indemnité financière, appelée rachat de servitude, dont le montant reflète la valeur de la protection abandonnée. L’acte modificatif ou extinctif doit impérativement être publié au service de la publicité foncière pour être opposable aux futurs acquéreurs. Cette démarche est courante lorsque le propriétaire du fonds dominant n’a plus d’intérêt réel à conserver la servitude, par exemple parce que la configuration des lieux a changé ou que la vue initialement protégée a disparu. Dans un lotissement ou une copropriété, l’accord de tous les co-bénéficiaires peut être requis, ce qui complexifie la négociation.
Dans quels cas la servitude non altius tollendi s’éteint-elle automatiquement
La servitude s’éteint par confusion lorsque les deux fonds appartiennent au même propriétaire. Dès lors, il n’y a plus de raison de maintenir une contrainte qui limiterait son propre droit de construire. Elle peut également disparaître par non-usage trentenaire, c’est-à-dire si pendant trente ans consécutifs, aucune situation concrète n’a permis de mettre en œuvre la servitude. Attention, le simple fait de ne pas construire pendant trente ans ne suffit pas : il faut que le propriétaire du fonds servant ait effectivement violé la servitude sans opposition du bénéficiaire. Enfin, la disparition de la cause même de la servitude peut entraîner son extinction. Par exemple, si la servitude protégeait une vue qui a définitivement disparu suite à l’édification d’un immeuble tiers, le juge peut constater que la servitude a perdu toute utilité et prononcer son extinction. Dans tous les cas, mieux vaut formaliser cette extinction par acte notarié et la publier pour sécuriser la situation juridique.
La servitude non altius tollendi illustre parfaitement l’articulation entre droit public de l’urbanisme et droit privé des contrats. Méconnaître cette contrainte peut entraîner des conséquences lourdes : refus de financement, blocage du chantier, démolition ordonnée par le juge. Avant tout projet de surélévation ou de modification de toiture, vérifiez systématiquement l’existence d’une telle clause dans vos actes de propriété, votre règlement de lotissement ou de copropriété. En cas de doute, consultez un notaire ou un avocat spécialisé en droit immobilier. Si la servitude constitue un obstacle à votre projet, explorez les solutions amiables de rachat ou de modification, toujours plus rapides et moins coûteuses qu’un contentieux. Enfin, si vous êtes bénéficiaire d’une servitude non altius tollendi, n’hésitez pas à la faire respecter dès les premiers signes de violation pour préserver vos droits et la valeur de votre bien.
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